Parution : 17/02/2007
ISBN : 9782915378351
128 pages (21 x 14,8 cm)

16.00 €

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La Vie de radeau, le réseau Deligny au quotidien

Cet après-midi, après une heure de marche et d’escalade par un chemin de charrette qui monte derrière la maison, nous avons goûté près d’une petite chapelle en ruine. Puis je suis redescendu avec Janmari avant que le soleil ne disparaisse. Il est presque minuit ; Janmari pleure et remue dans son lit. À genoux, il se balance et geint doucement. A-t-il faim ? Est-il malade ? Janmari ne dit jamais rien ; il est profondément autiste. Il mord son pyjama et donne de grands coups de tête contre le mur. Je lui tends la main et l’invite à me guider. Il saisit mon bras et file vers la porte. Je le rattrape pour le couvrir de force. Impatient, il heurte violemment le mur avec la tête. Le voilà grimpant, en trottinant sur le chemin qui monte vers le grand rocher. Le chemin devient sentier, puis c’est un étroit passage entre les buis et les chênes verts. Janmari file dans le noir. Je le suis comme je peux avec une lampe de poche. C’est le trajet de cet après midi. Nous arrivons au sommet, en pleine nuit, en plein vent glacial. En quelques bonds, Janmari est à l’endroit où nous avons mangé les oranges cet après-midi. Preste, il remet à l’endroit les écorces d’orange laissées retournées. Tout est en ordre ; des éclats de rire et des claquements de mains résonnent dans la nuit. Nous redescendons vers la maison…

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J’ai eu l’opportunité et le privilège de découvrir cette tentative au début des années soixante-dix, alors que le « réseau » tissé dans les Cévennes depuis 1967 autour de Deligny se préoccupait, sinon d’en laisser trace, du moins d’y introduire par l’image une certaine dimension spéculaire. Ce fut d’abord, pour le jeune chercheur que j’étais au Service de la Recherche de l’ORTF devenu l’INA, le contact avec un émissaire pour la mise à disposition d’une caméra vidéo. Puis, quelques années plus tard, la production du documentaire Projet N d’Alain Cazuc qui tentait, après Ce gamin-là de Renaud Victor, sorti au cinéma, de faire partager cette expérience à un large public de télévision. Et entre les deux, la coïncidence de vacances cévenoles à l’occasion desquelles nous sommes venus à Graniers rencontrer Fernand Deligny. Année après année, nous y sommes revenus chaque mois de septembre, quand les châtaigniers viraient au roux et que les moutons redescendaient par les drailles de l’Aigoual en transhumance, pour de longues conversations d’après-midi avec Fernand Deligny qui alternait, avec une humanité brusque mais chaleureuse, réflexions acérées et commentaires narquois sur les choses du monde, à l’écoute duquel il se maintenait étroitement. (extrait de la préface de Thierry Garrel)
Préface de Thierry Garrel
Ce livre se lit comme un roman, mais il ne s’agit pas d’une fiction. Ce récit autobiographique retrace l’aventure extraordinaire d’un groupe formé dans les Cévennes, autour de Fernand Deligny qui accueillît, avec les moyens du bord, des autistes. La Vie de radeau raconte le parcours exemplaire d’êtres humains, qui, contre vents et marées, tentèrent de créer un espace où il existe une vie meilleure pour tous. Cette expérience, toujours en cours, reste une exception dans la société actuelle qui ne tolère pas la différence.

Revue de presse

- La Vie de radeau, le réseau Deligny au quotidien Elsa Fayner ASH magazine Avril 2007
- La Vie de radeau, le réseau Deligny au quotidien Joseph Rouzel www.psychasoc.com

- La Vie de radeau, le réseau Deligny au quotidien

Retour, par l’un des compagnons de route de Fernand Deligny, sur l’expérience menée par l’éducateur avec des enfants autistes dans les Cévennes.
C’est en 1967 que commence, la vie de radeau. « Fernand Deligny y vit avec des enfants autistes et quelques adultes. Une expérience unique, sans but éducatif. »
Juste pour vivre ensemble, avec ces enfants qui ne parlent pas. «Si Deligny s’est concentré sur cette privation du langage, donc du symbolique, dont sont atteints les autistes infantiles précoces, c’est qu’elle permet de faire émerger l’image, une dimension où le temps n’a plus cours, mais plutôt l’espace, ses polarisations, ses repères, le sens de la présence, le commun » analyse dans sa préface Thierry Garrel, compagnon de route.
« Pas de temps conjugué. Une vie à l’infinitif» disait Deligny (…) « Tracer, repérer agir, apparaissent en revanche bien propres à l’espèce humaine. «Agir» et non «faire» qui suppose une intention. Et c’est le développement infini d’actions, où les autistes font preuve d’une dextérité et d’une habilité peu com-munes, que permet l’organisation d’une vie réglée: le coutumier. »
Jacques Lin, qui fut d’abord ouvrier, a été l’un des premiers à s’embarquer dans l’aventure. Il raconte ici dans un journal de bord rétrospectif, précis et imagé, sans états d’âme ni théorie. Un récit au présent où se mêlent activités quotidiennes, scènes cocasses et moments d’épiphanies joyeuses, au plus près de cette expérience précaire et commune, vécue à l’écart de toute institution.
La Vie de radeau a été publiée une première fois en 1996. Le livre est aujourd’hui réédité, enrichi d’un dernier chapitre, « Après Deligny ». Fernand Deligny est mort en 1996. Au moment où, après maintes batailles, le centre Monoblet était agréé «structure d’accueil non traditionnelle et expérimentale». Jacques et Gisèle Durand-Lin accueillent encore aujourd’hui, avec leur petite équipe, jusqu’à six adultes autistes, garçons et filles. D’autres lieux de vie ont également vu le jour. Mais il est difficile de survivre sans une notoriété protectrice, et Jacques Lin s’interroge sans grand optimisme sur la suite de l’aventure.

Elsa Fayner
ASH magazine Avril 2007

- La Vie de radeau, le réseau Deligny au quotidien
Ce livre se lit comme un roman, mais il ne s’agit pas d’une fiction. Ce récit autobiographique retrace l’aventure extraordinaire d’un groupe formé dans les Cévennes, autour de Fernand Deligny qui accueillît, avec les moyens du bord, des autistes. La Vie de radeau raconte le parcours exemplaire d’êtres humains, qui, contre vents et marées, tentèrent de créer un espace où il existe une vie meilleure pour tous. Cette expérience, toujours en cours, reste une exception dans la société actuelle qui ne tolère pas la différence.
Joseph Rouzel
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